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vendredi 15 avril 2011

Réponse sécuritaire

Etant à peine arrivé à Kerman... je me dis qu'avant de vous parler de Kerman et des choses que je viens voir ici (vous vous rendez compte que je n'avais jamais été à Kerman auparavent?)... le fait même de voyager en Iran me pousse à répondre à la question d'une amie: "peut-on encore voyager en Iran ces jours-ci"... Il est vrai que les images transmises à la télévision lors des événements post-électoraux n'ont pas été de nature à promouvoir le tourisme, pour ainsi dire. Et pourtant aujourd'hui la situation semble plutôt calme... avec ce petit avantage (enfin ce n'est peut-être qu'une impression) que la dite police des moeurs (gashte ershad) semble beaucoup moins présente aujourd'hui qu'avant. Certains m'ont dit que c'est parce que la police a peur de provoquer la population, d'autres affirment qu'elle s'occupe plus des dissidents politiques maintenant, d'autres encore qu'il s'agit simplement d'un relax pré-électoral (en rapport avec les élections parlementaires dans moins d'un an)... La spéculation ne fait jamais défaut ici... Peu importe en réalité quelle soit la "vraie" raison...

Donc non pour l'instant il n'y a pas non plus de grandes manifs, de révoltes, ... contre le gouvernement. Le plan de réforme économique (abolition des subventions) semble même être passé plutôt bien dans un premier temps, c'est-à-dire sans grande résistance de la part de la population. C'est assez remarquable parce que les prix de beaucoup de biens essentiels et quotidiens (l'essence, mais même le pain par exemple) sont tout de même en hausse... Donc il ne faut pas exclure que, quand les effets de la réforme se feront plus forts et plus tangibles, des manifestations aient lieu...mais bon en cela l'Iran ne diffère guère de Bruxelles, Paris ou ... Donc allez-y... considérez l'Iran pour votre voyage d'été... Il suffit d'un visa, un guide touristique (Lonely Planet, Guide du Routard, Bradt, etc...) et c'est parti... Ah oui...pour vous donner envie je publierai quelques photos de mon voyage kermanais/kermanien ;-)

mercredi 15 octobre 2008

rapport (de classes) complet :-)

ahhh c'est tjs la meme chose, quand je vous promets un rapport complet apres je ne sais plus quoi ecrire... alors... le rapport complet...

apres pas mal de temps d'attente j'ai donc recu la permission de quitter le pays, mais contrairement aux attentes celle-ci a pris la forme d'une obligation de quitter le pays dans les 7 jours... on se depeche donc et ce soir encore (d'ici qques heures) je quitte l'Iran pour la Turquie, ou je passerai le weekend chez une amie a Istanbul. Comme ville Istanbul doit etre l'endroit parfait pour passer de l'Iran a l'Europe... mais soit je vous en dirai peut-etre plus une autre fois...

Pour l instant on se trouve encore en Iran, a Teheran, ou j ai fait mes derniers achats, des livres srtt, pas de place pour de vrais souvenirs malheureusement... c'est triste je sais mais bon je ne suis pas en vcs non plus hein ;-) Un peu de fatigue, des valisent qui debordent et bcp de souvenirs (mentaux) c'est mon capital pour l'instant... voyons si je perds qque chose de tout cela avant de venir en Europe...:-)

Sur la greve du bazar... j'aurais encore un truc a ajouter... vous savez, puisque je l'ai ecrit sur ce blog, que la greve a commence a Isfahan et s'est ensuite etendu, arrivant meme a certaines parties du bazar de Teheran. La reaction du gouvernement (c est a dire un retrait total et immediat de la loi votee) demontre quelque chose sur la structure du pouvoir en Iran ajd. Mon ami ici a Teheran me disait: si 500 ouvriers d'une usine font greve pendant des semaines, on finit par les embarquer et ils finissent en prison pour atteinte a l ordre public ou minage de l ordre islamique... Par contre si les bazaris font greve pendant 3 jours, le gouvernement se met a plat ventre... Interessant non? Et oui...il ne faut pas oublier qu apres la revolution le pouvoir a ete pris par une section de ce que l on peut appeler la bourgeoisie mercantile... ce n'est donc pas seulement l'importance economique du bazar mais aussi son importance politique a travers notammen les representants de la bourgeoisie mercantile dans les echelons du systeme qui font que la reaction du gvt differe autant...

Ah comme partout il parait qu'en Iran aussi une tite analyse de classe ne fait jamais de mal ;-)
Bon a moins d etre pris par une envie terrible d ecrire un post de l aeroport, ceci sera mon dernier post du pays des Iraniens... et mon dernier post tout court si mon avion s'ecrase dans les montagnes kurdes ou autre part ou il y a un manque de pistes d'atterrissage... ;-)

dimanche 27 juillet 2008

Géopolitique de la guerre

Allez, un débat un peu plus difficile aujourd’hui….Pour les motivés. C’est une question qui m’a occupé plusieurs fois ici et ailleurs: est-ce que les Etats-Unis planifient une attaque contre l’Iran? Depuis le relatif dégel de la semaine passée (présence d’un diplomate américain aux négociations nucléaires à Genève) certains commentateurs affirment que « le danger d’une attaque a été déjoué ». S’il est vrai que depuis 30 ans les relations irano-américaines sont disons pas très très cordiales, le rétablissement de discussions officielles entre les deux pays semble être un pas dans la bonne direction… Pourtant, soulignent d’autres commentateurs, le lendemain de ces pourparlers les Américains reprenaient leur langage officiel, peut-être tout ça n’était qu’une tactique pour pouvoir mieux s’en prendre à l’Iran après (avec un discours style : on a essayé de parler, mais les Iraniens sont vraiment irraisonnables). Le discours agressif d’Obama en Israël l’autre jour en était peut-être une bonne illustration…

Mon avis ? Je pense sincèrement que les Américains ne le savent pas trop… il y a des groupes à l’intérieur du gouvernement américain qui ne veulent qu’attaquer, puis il y a d’autres groupes qui veulent servir les intérêts américains par une tactique plus soft. Ils ont tous les deux leur raisons… mais partagent une chose : la puissance et l’influence régionale l’Iran doivent être réduites. En effet, il semble bien que l’Iran est peut-être le seul pays dans la région, à part peut-être la Syrie, à pouvoir et vouloir mener une politique étrangère indépendante des Etats-Unis. Même l’Arabie saoudite avec tout son pouvoir financier et son influence religieuse fait souvent le jeu des Américains (considérez par exemple son vote consistant en faveur de la position américaine dans l’OPEP/OPEC)

On peut dire beaucoup de choses du gouvernement iranien, mais au moins dans la politique internationale, il a de manière cohérente défendu l’intérêt national iranien. Que ce soit en Irak, en Afghanistan ou au Liban, après une brève période postrévolutionnaire où ils essayaient d’exporter la révolution, les Iraniens se sont mis à défendre leur intérêt national comme tout état rationnel devrait le faire. Voyons le contraste avec ce que fait le gouvernement irakien, démocratie modèle américain. Avant le 30 juin, les grandes firmes occidentales du secteur (Total, BP, Exxon Mobil, Shell et Chevron) obtiendront des contrats avec le gouvernement irakien. Ceux-ci ramèneront environ 500 millions de dollars à chacune des cinq firmes retenues. Des compagnies pétrolières russes, indiennes et chinoises avaient elles aussi présentées des offres, mais aucune de celles-ci ne semblent avoir été retenues. Certains, comme le groupe russe Lukoil, perdent même les contrats qu’ils avaient!

A un moment où le pétrole se vend toujours plus cher et certains pays producteurs (comme le Venezuela ou la Russie) exercent un contrôle toujours plus poussé sur leurs ressources naturelles, le gouvernement irakien décide donc d’y renoncer et de passer le contrôle sur son pétrole uniquement à des firmes occidentales ! Etrange décision qui ne s’explique que par la présence massive des troupes américaines sur le sol irakien et décision qui fait rêver les Américains… que le monde serait beau si l’on pouvait arriver à un résultat pareil en Iran…

vendredi 11 juillet 2008

Total cède...

Hier on pouvait lire dans Le Monde que le groupe Total n'investira plus en Iran. Extraits de l'article:


"Dans un article publié jeudi 10 juillet dans le quotidien britannique The Financial Times, Christophe de Margerie, le PDG de Total, annonce que la firme pétrolière française va renoncer à investir en Iran, jugeant la situation trop risqué. Le groupe français avait pourtant signé en 2006 un accord sur l'exploitation des réserves de gaz de South Pars, dans le sud du pays. Il devait y créer les infrastructures nécessaires à la production de gaz naturel liquéfié, d'une très grande valeur à l'exportation avec la hausse actuelle des matières premières.


Dernièrement, les Etats-Unis ont proposé de sanctionner plus durement l'Iran, en sanctionnant les sociétés qui y font des affaires.

Washington, qui était particulièrement préoccupé par les investissements de Total en Iran, reconnaît que dissuader les transferts de compétences et de capitaux occidentaux est un moyen de pression beaucoup plus efficace que les habituelles sanctions financières. Une stratégie qui a le don d'agacer Christophe de Margerie : "Vous enlevez deux des principaux pays [l'Iran et l'Irak] du système et ensuite vous dites qu'il n'y a pas assez de pétrole et de gaz. Comme c'est surprenant !"Selon le Financial Times, le retrait de Total est un coup dur pour le secteur énergetique iranien : le groupe français était le dernier grand groupe occidental à envisager des investissements conséquents pour développer les immenses réserves de gaz naturel du pays.
"


Il est vrai qu'il s'agit d'une attitude déplorable qui ne fera pas de bien à l'économie iranienne, mais bien que les Occidentaux aiment croire qu'il s'agit d'un coup insurmontable pour l'Iran, ceci n'est nullement dit... Effectivement si l'Iran arrive à attirer des groupes russes (Lukoil), indiens ou chinois, Total pourrait regretter profondément sa décision... Ces groupes "orientaux" pourraient etre séduits d'autant plus facilement que le gouvernement fantoche irakien (sous domination et occupation américaine) leur refusé l'accès aux contrats plus intéressants... pour les passer aux... USA... quelle surprise...

jeudi 6 mars 2008

La visite d’une usine

Après-midi intéressante hier. La mari d’une de mes prof est propriétaire d’une usine de produits laitiers (lait, yaourt,…) et on a été invité d’aller voir l’usine. Chose que je ne refuse jamais :-)

Située un peu en dehors de la ville, dans un « village » d’usines du secteur alimentaire (saucisses, …), on y arrive par une route qui donne une vue intéressante sur la centrale nucléaire d’Isfahan. Les photos sont évidemment chose interdite. Vous savez qu’en cas d’attaque israélo-américaine Isfahan et environs seront immédiatement en ligne de mire ? En effet non seulement le réacteur de Natanz se trouve à environ 75km de la ville, en plus Isfahan même possède un réacteur nucléaire. La centrale est bien cachée à l’intérieur d’une montagne et pour garantir sa sécurité elle est entourée d’un système de défense aérien impressionnant. Un de mes accompagnateurs me dit : « ce sera notre réponse aux avions américains ». J’ignore s’il le dit avec fierté ou avec inquiétude.

Mais nous donc voilà à « l’usine de lait » comme l’appelle ma prof. Moyenne entreprise avec une quarantaine d’employés elle voit tout de même passer des tonnes et des tonnes de lait toutes les heures. Le lait qui arrive est d’abord sélectionné et testé chimiquement, ensuite pasteurisé, réchauffé (pour le yaourt), refroidi et mis en emballage. Comme vous verrez sur les photos, les cartons de lait sont cependant absents et généralement remplacés par des « paquets » (style de sachet).Vu l’importance du lait pour la population l’entreprise ne reçoit que la moitié de ses revenus de la vente au public. L’autre moitié du prix est payé par le gouvernement. Une forme de subventions afin de garantir ce produit de base à tous. L’entreprise même arrive tout de même à un taux de profit d’environ 10%. Le propriétaire est évidemment heureux et fier de son usine, quelques ouvriers en profitent pour dire deux trois mots en anglais.

Et vous voilà les photos (je sais que c’était ça qui vous intéressait ;-)) !

dimanche 3 février 2008

Débats presque économiques...

Avant mon départ j’écrivais que l'opinion publique iranienne n’existe probablement pas... Chez nous en Belgique on accepte que différentes personnes aient des opinions différentes, mais quand on regarde un autre pays on a tendance à penser que tous ses citoyens pensent de la même manière et pourtant...

Un taximan racontait à un de mes collègues hier toutes les bonnes choses qu’Ahmadinejad avait selon lui fait pour l’Iran. Grosso modo le taximan parlait d’une redistribution des richesses. Son discours semblait assez social et de gauche. De quelqu’un d’autre j’entendais qu’Ahmadinejad avait entre autres limité les plages privées des riches et essayé d’obliger certaines entreprises à partager leurs profits avec leurs employés (saham-e edalat). Une bonne amie me disait cependant que ces mesures étaient largement symboliques et que la hausse du taux d’inflation due à la politique économique du président inquiétait les grandes masses de la population. Des opinions différentes et argumentées.

Les débats ici sont souvent en premier lieu d’ordre économique. Même si les privatisations ne se sont pas arrêtées, la politique économique d’Ahmadinejad a essayé de rompre partiellement avec l’héritage du président Rafsandjani (89-97). Ce dernier voulait faire évoluer l’Iran vers un modèle économique capitaliste plus classique. Cependant, si les riches s’enrichissaient beaucoup, la situation des très pauvres ne s’améliorait guère. Du coup en 1995 Rafsandjani a dû réintroduire les subventions étatiques pour les produits de base. Encore aujourd’hui les Iraniens ont droit mensuellement à une certaine quantité de produits essentiels (comme le lait) à très bas prix et ce grâce aux subventions étatiques.

Nonobstant les conséquences négatives de certaines mesures gouvernementales, une partie des Iraniens considère que la politique gouvernementale avait au moins des bonnes intentions. Notez que ces mesures sociales au niveau économique ont été accompagnées par un renforcement des contrôles sur la morale islamique (« Mademoiselle, rappelez-vous des règles vestimentaires de la République islamique »). L’idée de base est sans doute de faire coïncider la morale islamique avec des mesures socio-économiques populaires et faire penser que l’Islam se trouve à la base de ces mesures sociales. En simplifiant, on pourrait dire que le gouvernement veut arriver à l’analogie : « plus de tchadors = plus de bien-être! » :-)))

mardi 22 janvier 2008

To vote or not to vote

Avant de vous raconter mes nouvelles, je dois remercier Erika qui m’a interviewé comme « expert de l’Iran » (ah comme je me sentais gonfler les…) sur son blog… allez jeter un coup d’œil (le lien est sur la droite, c’est elle l’Italian friend).

Le 14 mars les Iraniens éliront un nouveau parlement, Je lisais dans le journal Kayhan (conservateur) ajd qu'on s'attend à un taux de participation élevé. Parmi ceux qui s’opposent au gouvernement actuel la question clé est: aller voter ou pas? Pour les présidentielles de 1997 ils avaient massivement voté pour Khatami, président réformateur, plus par peur de l’autre candidat (Nateq-Nouri, un conservateur d’extrême droite) que par conviction que Khatami allait tout changer. Certains de ceux qui ont voté pour Ahmadinejad aux dernières présidentielles ont fait le même raisonnement : « surtout pas l’autre » (Rafsandjani, considéré à tort ou à raison comme corrompu). Pour les élections parlementaires la question se pose différemment, on ne peut pas simplement raisonner par la négative et voter contre qqu’un. Et puis en allant voter, on risque de perdre et de renforcer la légitimité d’un gouvernement dont on ne veut pas… En même temps si l’on ne vote pas, on perd d’office. Les réformateurs en ont déjà fait l’expérience qques fois. Question épineuse…

Autre débat : le temps, il fait froid ! Un peu moins mnt mais la semaine avant mon arrivée les villages et certaines villes au nord avaient souffert des coupures de gaz, parce qu’à cause du froid exceptionnel (pas arrivé depuis 30ans), le transport n’était plus garanti tandis que la consommation augmentait énormément. Puis sans gaz, les fours pour le pain ne fonctionnent pas… Pour épargner du gaz les bureaux des ministères et autres services étatiques ont été fermés pendant 5 jours, comme d’ailleurs les écoles puisque la neige ne permettait pas aux enfants de rejoindre leur école. On ne le penserait pas mais la question énergétique est assez délicate en Iran…

Cet été Ahmadinejad décida de rationner la consommation d’essence. Différentes raisons furent invoquées, mais la peur de possibles sanctions internationales a sans doute joué un rôle dans cette décision. Vu que l’Iran, à cause du manque de capacité de ses raffineries, est un importateur net de pétrole raffiné (même si grand exportateur de brut), le pays dépend énergétiquement à certains niveaux de l’étranger. L’idée d’Ahmadinejad de diminuer la dépendance du pétrole et ‘utiliser davantage le gaz comme combustible pour les voitures n’était dans cette perspective pas mauvaise. Le problème est qu’il y a un manque non pas de gaz, dont l’Iran détient d’énormes réserves, mais bien de stations de service distribuant ce gaz. Du coup on se trouve dans une situation où l’on doit faire la file pour l’essence à cause du rationnement et pour le gaz à cause du manque de distributeurs. Situation non-idéale, mais comment limiter la consommation interne et diminuer les subventions étatiques qui rendent le combustible presque gratuit, sans toucher à la situation économique des gens et du pays ? Heureusement comme étranger on ne doit pas gouverner le pays que l’on visite, mais si vous avez des suggestions je les passerai aux instances compétentes ;-)