vendredi 6 mai 2011

Mon chauffeur de taxi préféré...


Mais qui l'aurait cru? Qu'un jour j'écrirais un post pareil... Après ma serveuse préférée et ma boulangère préférée, voilà donc mon chauffeur de taxi préféré. Mais il est vrai que dans d'autres posts, et surtout dans mes commentaires privés, je n'ai pas toujours été doux avec ceux qui exercent ce métier du transport.

Lors d'une promenade au centre de Kerman, au centre de la place du Nectar (
میدان شهد ), s'arrête un homme en voiture de taxi jaune... Il sort de sa voiture et court vers nous, en s’adressant à moi dans un anglais d'assez bonne qualité, il me pose un nombre de questions assez intéressantes. Genre:
Que dois-je faire pour être un bon père?
Un chauffeur de taxi vaut-il plus ou moins qu'un président de la république? (je n'ai pas demandé quelle république)
Comment rendre ma femme heureuse?
Comment puis-je devenir riche? Etc...

Je n'avais malheureusement pas beaucoup de réponses. Je dis "malheureusement" non seulement parce que j'aurais voulu satisfaire la curiosité de ce gentil homme, qui avait à l'époque pseudo-coloniale travaillé pour une entreprise anglaise (ce qui expliquait son anglais, mais pas sa préférence pour la philosophie). Mais "malheureusement" aussi parce que, non satisfait de mes réponses, l'homme a décidé de nous suivre en voiture... de la Place à l'Ateshkadeh (un temple zoroastrien), de là en direction de la Mosquée du vendredi etc... pas de façon agressive, même si à la longue il avait plus de salive que moi.

On a discuté de l'enfer et du paradis...
Lui: "Tu crois en Dieu? Qui est Dieu? Je ne veux faire du mal à personne, je veux être
un homme utile, un homme serviable, de faire bi azar, bi azar be inglisi chi mishe?" (comment vous dites "bi azar" en anglais?)
Moi: "harmless, to do no no harm" (inoffensif)
Lui: "Oui, inoffensif... parler n'est pas offensif, oui?"
Moi - dans une ultime tentative de lui faire comprendre que je n'avais pas toute l'année - : "non, parler n'est pas physiquement offensif, parler c'est déranger, pas offensif".

Lui: "Certains sont offensifs hein, des mauvais personnages qui doroogh migan, doroogh be englisi chi mishe?"

Puis qu'il n'aimait pas les juges... Pourquoi certaines filles se prostituent... et moi de répondre qu'il fallait leur demander (plutôt que de m'interroger...). Qui était Mohammad...(je me ra
ppelais que c'était le prophète), etc... Enfin vous vous imaginez... une demi-heure bien amusante, alternative...

Faut dire que peu importe si je lui répondais en persan ou en anglais... je n'avais pas trop l'impression qu'il m'écoutait... Une seule fois j'ai pu le déstabiliser un instant en lui demandant si je n'avais pas droit à un peu d'argent pour toutes mes réponses. Faut dire qu'il m'avait à peine suggéré de le soutenir financièrement et qu'après une demi-heure de conversation j'avais la patience à marée basse.

Peut-être que la perte de son emploi lui avait causé quelques soucis de trop... c'est ce que je me suis dit quand il a commencé à embrasser un mur pour démontrer son amour pour sa famille (et les femmes en général). Mais soit, l'homme était sincèrement heureux de nous voir, ses questions étaient originales et son enthousiasme contagieux... ce qui en fait d'un coup, et provisoirement, mon chauffeur de taxi préféré... Si vous passez à Kerman, et vous le voyez, passez-lui mon bonjour et surtout: préparez vos réponses! (J'espère sincèrement qu'il trouvera des réponses...)

4 commentaires:

une fille iranienne ;-) a dit…

Un de mes plus beaux souvenirs...
''like!'' 1 aaaalaaame :-)

Jean Mestier a dit…

Merci d'avoir partagé toutes ces histoires. Actuellement je veux devenir chauffeur de taxi à Anjou, et après cet article, je sais que je veux être chauffeur comme lui. Merci pour cette histoire.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Attaché de presse pour le tout jeune label Ohwurm (qui compte se spécialiser dans la musique iranienne contemporaine), je suis tombé sur votre blog que je trouve tout à fait remarquable. J'ai donc pensé à vous envoyer par via numérique "Persian Sketches", le premier disque du pianiste Arshid Azarine, qui réunit son héritage world iranien et son goût pour le jazz et les mélodies occidentales. Si vous souhaitez l'écouter et pourquoi pas le chroniquer ou du moins en faire l'écho, je me ferais une joie de vous l'envoyer, avec le communiqué de presse, donc n'hésitez pas à me faire un petit signe via mail.
Voici le lien du premier extrait clippé : http://www.youtube.com/watch?v=k_6QihQVEL4.

Bien cordialement,

Vincent Dégremont
Label Ohrwurm
vincentchezmelmax@gmail.com
01 44 53 06 07

Don Té a dit…

Salut!
Je suis en train de lire ton blog pour la première fois. C'est chouette de le comprendre, et aussi faut dire que (I just learned this term "faut dire" from this very article!) tu écris très bien :)